Yes
« Developing Ideas Through Making »,
En 2017, j’ai participé à l’atelier d’Anton Reijnders « Developing Ideas Through Making » (traduction : Développer des idées par la pratique), conçu pour aider les céramistes professionnels à se libérer des approches créatives conventionnelles.
Reijnders envisage la pratique céramique comme un acte collaboratif de découverte, où les idées émergent d’un dialogue physique entre la personne qui façonne et l’argile. Plutôt que de considérer le faire comme une simple étape menant à un résultat prédéterminé, nous étions invités à voir le processus lui-même comme un lieu de révélation. La réceptivité de l’argile – sa capacité à enregistrer chaque geste – devenait un guide, ouvrant un espace où l’incertitude pouvait jouer un rôle créatif.
La matière comme mentor
L’atelier est venu bousculer nos habitudes par des constructions expérimentales à la plaque et des traitements de surface non conventionnels. Ces exercices fonctionnaient comme des laboratoires du hasard, où le savoir incorporé prenait le dessus et où les mains exploraient des possibles que l’esprit ne pouvait pas entièrement anticiper.
Présence et co-création
Chaque étape – du pétrissage à l’assemblage, jusqu’aux effondrements – était abordée comme un acte autonome. En prêtant attention aux retours tactiles de l’argile au fil de ses changements d’état, j’ai appris à habiter plus consciemment le moment du faire, à assouplir la frontière entre intention et improvisation. Les formes semblaient moins découler de plans préétablis que de la mémoire et du comportement propres au matériau. Dans ce cadre, la créativité est envisagée comme un partenariat : l’argile devient un collaborateur actif, qui nous oblige à nous ajuster à ses limites et à ses résistances. L’expertise, en ce sens, tient dans la capacité à demeurer avec l’inconnu plutôt que de chercher à le maîtriser d’emblée.
L’agentivité de la matière
À mi-chemin entre laboratoire et terrain de jeu philosophique, l’atelier nous a éloignés de l’automatisme du métier. Le comportement de la matière faisait écho à notre propre souplesse mentale, reconfigurant la pratique céramique en forme d’enquête, où la présence attentive transforme la maîtrise technique en poésie concrète.
Cette exigence d’attention soutenue était au cœur de l’expérience. Chaque pli, déchirure ou joint devenait un lieu de négociation avec la matière, une méditation sur l’agentivité de l’argile. En acceptant cette vulnérabilité, et l’acuité qu’elle demande, se sont ouvertes des architectures insoupçonnées.
À propos de l’artiste
Anton Reijnders est diplômé de l’Académie des beaux-arts de ’sHertogenbosch en 1981 et s’est imposé depuis comme une figure de premier plan dans le champ de la céramique et de son enseignement. Sa carrière englobe expositions, conférences et symposiums en Europe, en Asie, en Australie et aux ÉtatsUnis, témoignant de la portée internationale de son travail.
Il a joué un rôle déterminant dans la fondation de l’European Ceramic Work Centre (EKWC) en 1991, où il a occupé le poste de responsable des ateliers et studios. Il y a favorisé des collaborations avec des artistes du monde entier et contribué à structurer le programme de recherche sur les matériaux. Son expertise se reflète dans The Ceramic Process, manuel de référence coécrit avec l’EKWC et publié à l’international, qui demeure une ressource importante pour les praticiens de la céramique.
Reijnders a également transmis ses connaissances dans de nombreux contextes académiques, notamment à travers trois postes de professeur invité au New York State College of Ceramics à Alfred University, ainsi que des enseignements à la Gerrit Rietveld Academie et au Sandberg Instituut à Amsterdam. Son travail fait constamment le lien entre innovation technique et exploration artistique, en mettant l’accent sur la réflexion, l’expérimentation et les potentialités ouvertes par une relation étroite avec la matière.
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“Developing Ideas Through Making”
In 2017, I took part in Anton Reijnders’ workshop “Developing Ideas Through Making,” designed to help professional ceramicists break away from conventional creative approaches.
Material as Mentor
Reijnders approaches ceramic practice as a collaborative act of discovery, where ideas arise from a physical dialogue between maker and clay. Rather than treating making as a simple step toward a predetermined outcome, we were encouraged to see process itself as revelation. Clay’s responsiveness—its capacity to register every gesture—became a guide, opening space for uncertainty as a generative force.
The workshop unsettled our habits through experimental slab constructions and unconventional surface treatments. These exercises functioned as laboratories for chance, where embodied knowledge took precedence and our hands explored possibilities that the mind could not fully anticipate.
Each stage—from wedging to assembly to collapse—was approached as a complete act. By attending closely to the tactile feedback of clay as it shifted from one state to another, I learned to inhabit the moment of making more fully, softening the boundary between intention and improvisation. Forms emerged less from preconceived designs than from the material’s own memory and behaviour
Material Agency
Within this framework, creativity is understood as a partnership: clay becomes an active collaborator, requiring us to adjust to its limits and resistances. Expertise, in this sense, lies in the ability to stay with the unknown rather than to master it in advance.
Halfway between laboratory and philosophical playground, the workshop pulled us away from automatic, goal-driven craftsmanship. Clay’s resistance echoed our own mental flexibility, recasting ceramic practice as a form of inquiry in which attentive presence transforms technical skill into something closer to concrete poetry.
The demand for sustained attention was at the core of the experience. Every fold, tear, and join became a site of negotiation with the material, a meditation on clay’s agency. Embracing this vulnerability, and the focus it requires, opened pathways to structural solutions that I would not have imagined otherwise.
About the artist
Anton Reijnders graduated from the Fine Art Academy in ’sHertogenbosch in 1981 and has since established himself as a leading figure in ceramic art and education. His career encompasses exhibitions, lectures, and symposiums across Europe, Asia, Australia, and the United States, reflecting his international presence in the field.
A key contributor to the founding of the European Ceramic Work Centre (EKWC) in 1991, Reijnders served as Head of Studios and Workshops, where he fostered collaborations with artists from around the world and helped shape the centre’s material research program. His expertise is reflected in The Ceramic Process, a comprehensive manual coauthored with the EKWC and published internationally, which remains an important reference for ceramic practitioners.
Reijnders has also shared his knowledge through numerous teaching roles, including three visiting professorships at the New York State College of Ceramics at Alfred University, as well as positions at Amsterdam’s Gerrit Rietveld Academy and the Sandberg Institute. His work consistently bridges technical innovation and artistic exploration, emphasizing reflection, experimentation, and the possibilities opened by close engagement with material.

