Lexis

Pour l’exposition Lexis, l’énoncé d’artiste est abordé comme une configuration matérielle plutôt que comme un simple exercice d’écriture. L’installation Sphere est conçue comme un dispositif permettant aux objets de rendre compte des conditions et des rythmes de ma pratique au fil du temps.

Sphere prend la forme d’un agencement au sol de pièces de céramique et de fragments issus de projets architecturaux et d’œuvres publiques. Ces éléments sont issus de différentes phases de mon travail : carreaux d’essai, prototypes, modules résiduels d’installations de grande envergure, composantes mises de côté une fois leur fonction première remplie. À l’atelier, ces objets ont tendance à s’accumuler discrètement dans des boîtes et des espaces de rangement. En les réintroduisant dans l’espace d’exposition, je considère leur nouveau statut et ce qu’ils peuvent exprimer une fois rassemblés.

Les fragments sont disposés au sol dans une configuration circulaire qui évoque librement la structure du mandala. Le cercle fait à la fois office de limite et de point de convergence. À l’intérieur de ce cadre, j’assemble des pièces associées à diverses facettes de ma pratique : la céramique, le design, les projets sur commande et des explorations d’atelier plus intimes. Aucun élément n’est pensé comme emblématique en luimême ; l’œuvre émerge de leur présence collective et des relations qui se tissent entre eux.

L’installation ne suit ni séquence narrative ni logique rétrospective. Elle met plutôt l’accent sur l’accumulation, la récurrence et de légères variations. Certains composants trouvent aisément leur place, tandis que d’autres sont déplacés et réajustés à plusieurs reprises. Ce processus reflète la manière dont les décisions se prennent souvent à l’atelier, où planification et imprévus demeurent étroitement entremêlés.

La palette chromatique reste volontairement retenue. Ce choix oriente le regard vers d’autres qualités : la densité ou la porosité de la terre, la façon dont les arêtes s’alignent ou se décalent, les ombres qui se développent entre les formes voisines, l’alternance de zones denses et d’espaces plus ouverts. Je souhaite un mode de regard lent et attentif, où le sens se construit progressivement à partir de l’entrelacement des détails plutôt qu’à travers un geste dominant unique.

En accordant à ces fragments modestes une place centrale, Sphere pose la question de la manière dont une pratique artistique est habituellement représentée et comprise. Beaucoup des objets intégrés seraient en temps normal restés invisibles, bien qu’ils jouent un rôle essentiel dans le développement d’œuvres plus importantes. Ici, ils se présentent comme des témoins actifs des processus d’essai, d’ajustement et de répétition qui sous-tendent les résultats visibles.

En ce sens, Lexis avance l’idée qu’un énoncé d’artiste peut aussi se construire à partir des traces matérielles du faire. Sphere aborde la continuité entre projets sur commande et travail dit personnel, entre pièces achevées et éléments qui les précèdent. L’installation suggère que l’articulation d’une pratique réside tout autant dans ces résidus accumulés que dans les œuvres terminées ou les textes qui les accompagnent.

Lexis

For the exhibition Lexis, I approached the artist statement as a material configuration rather than a purely written exercise. The installation Sphere was conceived as a way to let objects speak about the conditions and rhythms of my practice over time.

Sphere took the form of a floor-based arrangement of ceramic pieces and fragments from architectural and public art projects. The elements came from different phases of my work: test tiles, prototypes, leftover modules from large-scale installations, components that had been set aside once their immediate function was fulfilled. In the studio, these objects tended to accumulate quietly in boxes and storage areas. By reintroducing them into the exhibition space, I sought to reconsider their status and to see what they could articulate when brought together.

The fragments were placed on the ground in a circular configuration that loosely referred to the structure of a mandala. The circle served both as a boundary and as a point of convergence. Within this frame, I assembled pieces associated with various aspects of my practice: ceramics, design, commissioned projects and more intimate studio explorations. No single element was intended to be emblematic on its own; the work emerged from their collective presence and from the relationships created among them.

The installation did not follow a narrative sequence or a retrospective order. Instead, it emphasized accumulation, recurrence and subtle variation. Certain components entered the arrangement almost straightforwardly, while others were selected and repositioned several times. This process reflected the way decisions often unfolded in the studio, where deliberate planning and contingent events are closely intertwined.

The chromatic range remained deliberately restrained. This limited palette directed attention toward other qualities: the density and porosity of the clay, the way edges aligned or shifted, the shadows that developed between neighbouring forms, the alternation of concentrated clusters and more open areas. I hoped to encourage a slow, attentive mode of viewing, in which meaning arose gradually from the interplay of details rather than from a single dominant gesture.

By giving these modest fragments a central place in the installation, Sphere raised the question of how an artistic practice is usually represented and understood. Many of the objects included would typically remain unseen, although they play an essential role in the development of larger works. Here, they were presented as active witnesses to the processes of trial, adjustment and repetition that underpin the visible outcomes.

In this sense, Lexis proposed that an artist’s statement could also be constructed through the physical traces of making. Sphere addressed the continuity between commissioned projects and socalled personal work, and between finished pieces and their material antecedents. It suggested that the articulation of a practice lies as much in these accumulated remnants as in completed works or written commentary.

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